Autour d'un poster chez Club

J’aimais les magasins Club.  J’aimais la littérature, les revues, les CD, les posters.  On y trouvait tout cela, de la BD aussi, donc tout pour les jeunes, un rien intello.  C’était mon cas. J’avais aussi du temps à perdre.  Passer des heures à lire, à m’émerveiller sur des dessins, photos, à perdre mon temps, à regarder les filles… a découvrir des choses qu’on ne trouvait pas chez soi finalement.  J’y allais souvent, chaque fois que j’avais un moment de temps.  Bien sûr je finissais par tourner en rond, jusqu’au mois suivant, ou de nouvelles revues paraissaient, jusqu’au changement de saison, jusqu’aux fêtes pour lesquelles il y a avait un réassortiment de livres, d’objets.

 

Je n’y voyais jamais les mêmes têtes, même les vendeuses avaient le chic pour être tout le temps différentes.  Pas moyen d’en draguer une. 

 

Je cherchais parmi les posters un qui pourrait garnir mon mur.  Pas classique, pas de petites fleurs, mais pas non plus une photo sortie de playboy, toute artistique qu’elle puisse être.  Je m’arrêtais quand même sur ce genre là, après tout fantasmer ne m’a jamais fait de mal.

 

C’était un beau jour d’été.  Il était relativement tard, l’heure de fermeture du magasin pratiquement, je ressortais sans avoir rien acheté.  Il faisait encore claire, encore chaud, j’étais décontracté.  Je m’aperçu assez vite qu’elle me suivait.  Je ne l’avais pas remarquée dans le magasin, en sortant sans doute mon regard avait dû croiser le sien, mais comme je ne m’étais pas arrêté à la caisse elle ne m’avait pas laissé à ce moment là une impression extraordinaire, j’étais en fait tout simplement préoccupé par l’heure qu’il était.  Je m’arrêtais donc de vitrine en vitrine, je regardais à l’intérieur, je jouais en même temps sur les reflets, j’observais donc moi aussi à la dérobée ma mystérieuse suiveuse.  Elle voyait bien que son manège était éventé, mais elle ne s’approchait pas.  Je remontais la rue, je traversais la place, je continuais en direction de ma maison.  Elle toujours derrière moi.  Je passais devant un étal de fruit et légumes, et bêtement une guêpe s’en prit à moi.  Je n’y fis pas attention, j’étais préoccupé par cette belle et mystérieuse inconnue.

-        Aille, merde.

Ce qui devait arriver arriva, elle me piqua, la guêpe.  Ca fait vachement mal.  Je cherchais après le dard, mais sans rien trouver.  Quand c’est son propre doigt, qui fait mal en plus, qu’on est déjà énervé, on est vachement gauche.  Je regardais donc autour de moi, perdu, je tombais sur ma mystérieuse suiveuse, mais mon regard continua pour trouver une pharmacie quelques pas plus loin.  Je traversais quand même la rue dans sa direction, mon doigt entre les lèvres.  Je lu un peu de panique dans ses yeux.

-        Je me suis fait piquer par une guêpe, ça fait mal !

-        Montrez moi ! Je ne vois rien !

-        Non ! Pas grave, j’ai vu un pharmacie là bas…

-        Ah !

-        Accompagnez moi, vous me parlerez, ça m’aidera.

-       

-        Bon j’ai l’air costaud, mais oui je suis douillet. Désolé !

-        Je n’ai rien dis, je m’excuse, je viens avec … toi !

-        On traverse ? !

Nous sommes arrivés à deux à la pharmacie, j’ai montré mon doigt, qu’ils ont aussitôt aspergé de produits.  J’en garde encore la trace aujourd’hui.  Ils ont du prendre du produit pour décaper les hauts fourneaux, où je ne sais quoi d’autres.

Mais nous avions fait la conversation, ma mystérieuse suiveuse.  Elle s’appelait Isabelle, elle aimait le même magasin que moi, elle m’avait vu, vu regarder les posters des filles…

-        J’aime le dessin, l’art

-        Oui

-        Les femmes aussi

-        Ohhh !

-        Je suis seul en ce moment !

-        Oui …

Bon, j’étais pas vraiment à l’aise, mais c’est assez rare qu’une fille vous drague.  Je la trouvais bien. Je le lui disais.

-        Tu es très jolie.

-        Merci.

Et on a marché comme cela jusque chez moi.  Enfin presque.

-        Où on va ?

-        J’habites par là…

-       

-        Je ne te propose rien, excuse moi, je suis énervé… à cause de cela !

Je montrais mon doigt bandé

-        et demain, je bosses… Mais…

-        Mais…

-        J’aimerai bien qu’on se revoient.

Elle sourit.  Bon, elle m’avait voulu, et apparemment je ne l’avais pas trop déçue.  Ce n’est pas parce qu’elle m’avait regardé entrain de mater des filles sur un poster  qu’elle devait se faire sauter tout de suite.  J’appréciais. Je souriais à mon tour.

-        Pourquoi tu souris ?

-        Parce que j’aimerai vraiment ! … qu’on se revoie.

-        C’est gentil. Voilà ce que je te propose…

Et on s’est donné rendez-vous.  Je me suis installé chez moi, j’ai pris une bière que j’ai bue tout en tripotant mon pansement.  En fait je ne savais pas quoi penser,  elle tombait vraiment à pic dans une partie sans âme de ma vie, je ne l’avais sans doute pas méritée, ce n’était pas mon anniversaire, ma fête… et puis j’avais envie de baiser, et je ne savais pas comment m’y prendre.  Elle me semblait à la fois directe, suivre un homme dans la rue, et à la fois timide, elle aurait pu faire l’amour avec moi ici maintenant.  Je ne dormis pas beaucoup, je ne fit rien de bon au boulot, j’attendais notre rendez-vous avec impatience.

 

On s’était fixé rendez-vous au même magasin, devant les revues.  J’avais imaginé devant les posters, mais c’était de nouveau la provoquer, sur le moment même je ne voulais pas le faire, et ma réflexion de la nuit m’avait suivie en ce sens.  Mais plus j’avançais vers le magasin, plus mon adrénaline montait.  Je la confondais dans mon esprit avec ces folles posant nues pour des photographes, en imaginant ce qui se passait avant, pendant et après.  Et je me souvenais de ses hésitations.  Je me calmais.  Je l’ai retrouvée à l’endroit prévu, regardant à gauche et à droite, sans but précis, ou plutôt m’attendant impatiemment.  Après les bonjours d’usage, « tu m’attends depuis longtemps ? » et autres, les livres devinrent vite notre sujet de conversation favoris.  Nous avions là un point commun, et l’après midi passa de manière très agréable, à la redécouverte de bouquin que nous avions lu tous deux, à la promotion de livres que l’un de nous avait lu et pas l’autre.  J’en achetais l’un ou l’autre, parce qu’il y avait du cul, parce qu’ils lui avaient bien plus, et parce que aussi elle avait bien compris que c’étais le plan cul qui m’intéressait.  J’essayais quand même de paraître un peu gentleman, mais j’avais décidé d’être simplement comme je suis, avec mes nombreux défauts, dont celui d’aîmerle sexe. Après tout c’est dans ce cadre là, celui des posters osés pour être précis, qu’elle m’avait suivi.

 

Nous sommes allés boire un verre dans un café plus ou moins en face, la conversation devenait plus personnelle.  Nous nous sommes assis l’un à côté de l’autre, comme de jeunes amoureux, je la touchais, cela faisait longtemps que je n’avais plus senti le corps, l’odeur, le parfum d’une jeune femme.  Elle se rendait compte de mon énervement, j’étais gauche, peu bavard.  Elle se rendait compte aussi que mon envie d’elle était tout naturellement mélangé au plaisir d’être avec elle, avec mon désir d’être simplement gentil, d’être moi.  Je l’interrogeais finalement sur ce qui s’était passé la première fois, pourquoi elle m’avait suivi dans la rue, qu’est qu’elle pensait de moi, d’un garçon qui regarde des images érotiques.  Les questions se bousculaient dans ma tête, je ne souhaitais pas une psychanalyse. 

 

Pour finalement lui dire qu’il était tant de rentrer chez moi, et lui proposer de me raccompagner. 

-        Tu connais déjà la moitié de la route

-       

-        Tu verras, je peint aussi

-        C’est vrai ? Quel genre de peinture ?

-        Des nanas ?

-        Qui posent nues ?

-        Tu serais la première … A partir de photos de magasines

-       

-        Tu voudrais poser pour moi ?

Pas de réponse.  J’embrayais sur d’autres sujets, nous approchions de chez moi.  J’habitais une chambre d’étudiant à l’époque, elle se retrouva d’amblée face au lit.  Je la poussait vers le coin cuisine-bar-bureau et je lui proposait à boire tout en lui montrant où se trouvaient mes peintures.   Elle regardait avec attention mon travail, sans commentaire.

-        J’aimerai que tu poses pour moi…

-       

-        Qu’est ce tu penses de mes dessins ?

-        J’aime.

-        C’est gentil ça.

-        Non, j’aime bien, je dis ce que je pense.

Je lui expliquais mon regard sur les photos, ce que j’y voyais, ce que j’avais envie de prendre pour mes dessins et de laisser.  Je ne copiais pas, mais je n’avais pas non plus de formation en dessin, même en photos.

-        Je pense que tu saurais poser, et que tu m’inspirerais.

J’ai pris mon appareil photo sur une étagère.

-        Installe toi sur le lit.

-         ???

-        Assise par exemple.

J’ai commencé à faire des photos, elle se prenait au jeu.

-        Souris

Elle riait, elle passait ses doigts dans ses cheveux.  On aurait dit qu’elle avait fait cela toute sa vie.  Puis elle a commencé à se déshabiller, ne regardant plus vraiment l’appareil photo, mais moi, l’œil de l’homme derrière l’appareil. Si au début je jouais essentiellement au voyeur, je cherchais après le bout de sein caché par un reste de soutien gorge, j’attendais avec impatience de voir son entre jambe, mon sexe finit quand même par reprendre le contrôle, et j’avais de moins en moins envie de faire de photos.  Elle voyait bien que je changeais.  Je me suis assis au bord du lit.  Je lui ai caressé la joue, elle m’a attiré contre elle. Nous avons fait l’amour.  Ce soir là elle n’est pas rentrée chez elle. 

 

On s’est réveillé le matin, très tôt.  A cause de moi, je n’avais pas l’habitude qu’un corps soit collé contre le mien dans ce lit, pas fait pour deux.  J’étais ravi, pas trop à mon aise.  Je me levais, je découvrais le drap pour la voir nue dans son sommeil, j’aurais bien pris mon appareil photo, mais photos volées ?  Je la photographiais malgré tout, dans sa pose, sans en rajouter, puis je m’attardais sur son visage et je l’appelais.

-        Bonjour Isabelle.  C’est l’or, il faut se lever.

Selon la réplique de cinéma bien connue.  Je continuais à appuyer sur le bouton de l’appareil, je la voyais bouger, se retourner, je jouais au pros tout en bandant.  Je déposais l’appareil et la rejoignais dans le lit.  Elle m’accueillis par un :

-        t’es grave toi

-        Ouais, mais rien qu’avec toi, si ca peut te rassurer un peu

-        Je sais que j’ai pas peur.  J’aime que tu sois un peu fou.

-        … de ton corps seulement, pour le reste je pense pas qu’il faille m’interner.

-        Ahaha

On a eu du mal à être prêt, on a bouffé comme petit déjeuner un peu n’importe quoi, du moment que cela se mangeait sans préparation, sans beurre, sans lait sans…

Et on s’est dit

-        à tout à l’heure

dans un baiser mouillé langoureux interminable.  J’ai pris mon train, je suis arrivé au bureau, je n’avais rien envie de faire.  J’étais bêtement amoureux.  Je n’avais aucune échéance à respecter, je pris ma pile de dossier, j’ouvrais un classeur, je le lisais distraitement… Je pensais aussi à mon appareil photos.  Est-ce qu’elle allait vouloir que je garde les photos ? Est-ce que je pourrais la peindre ? Au delà du model quelle vie pour nous ? Fallait-il chercher un appartement ? Elle travaillait où encore ?

 

J’ai repris mon appareil photos, j’ai réarrangé la chambre, j’ai joué avec l’éclairage, et puis j’ai préparé un apéro. Je voulais tout à la fois qu’elle se sente attendue, et continuer ans le trip model photo.  Elle a sonné à la porte, souriante, à remarquer l’ordre, et puis l’appareil photos.  Elle a ris.

-        Tu veux encore faire des photos.

-        Bien sûr !

-        Tu as regardé les autres ?

C’était un appareil numérique.  J’avais évidemment télécharger les photos , je n’aurais pas courus le risque de les perdre, j’avais même déjà fait une copie sur un CD-ROM.  Mais je n’avais pas eu le temps de les regarder.

-        Non

-        Si on les regardait ?

-        Bien sûr !

J’étais un peu inquiet pour le moment où elle verrait les photos  de nu, j’avais peur qu’elle ne s’aime pas et qu’elle demande de les supprimer.  Même sans les avoir vues je souhaitais les garder.  Mon côté voyeur sans doute, ou peut être simplement le peintre du nu.  Je m’y croyais un peu, enfin, je n’avais pas envie d’arrêter le rêve aussi tôt.

 

On les passait en revue les unes après les autres, elle me donnait son avis, je ne la contredisais pas, parfois j’expliquais ce que j’y trouvais, généralement un jeu de lumière, une attitude.  Elle acceptait mon avis, elle me voyais sans doute un peu comme l’expert que je n’étais pas.  Elle était finalement inquiète de mon avis.  On est arrivé sur les photos déshabillée, franchement déshabillée, elle ne s’est pas trouvée moche.  Au contraire de beaucoup de gens qui ne s’aiment pas en photos, encore moins lorsque la pose est osée, elle a rit, et son regard malicieux a croisé le mien.

-        Mieux que les posters !

-        Menteur

-        Bon, disons que ce soir ce sera mieux que sur les posters !

Elle a rit.  Elle n’a pas regardé la suite, elle s’est jetée directement sur le lit.

-        Ce matin j’ai mis des sous-vêtements justement pour maintenant

-        Woahhh, je peux voir

-        A ben non ! Tu dois prendre des photos habillées aussi !

On a rejoué au photographe et au top model, pour se retrouver dans le lit bien évidemment.  J’avais quelques belles photos, et une nuit de bonheur.  Nous jouions, moi au voyeur, à l’artiste, elle à la femme enfant, plutôt délurée.

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